Ça raçonte Sarah de Pauline Delabroy-Allard

 

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Ça raconte Sarah ou ça raconte l’histoire d’un amour absolu pour une femme violoniste prénommée Sarah. Exubérante, exaltée, toujours débordante, névrosée, qui flirte avec la folie, Sarah est tout ça à la fois.

Le livre se livre d’un trait, mais pas d’un souffle non. Le souffle du lecteur est coupé à maintes reprises. Les respirations sont des suffocations.

Un livre résolument de son temps avec un style limpide et percutant. L’amour et la narration de cet amour déchirent le ventre du lecteur.

Ça raconte Sarah, ça raconte la douleur surtout. Les entrailles sont dehors, offertes.

Les fulgurances surgissent d’on ne sait où, la poésie de certains passages laisse à terre. Duras et Guibert sont convoqués.

Toujours en lice pour le Goncourt et pour d’autres prix littéraires cette année, ce premier roman de Pauline Delabroy-Allard pourrait bien tout emporter sur son passage.

 

Citation :

Elle est surprise de l’obsession que je nourris immédiatement pour cet octuor, de mon désir de l’écouter toujours, en boucle s’il le faut, d’en écouter tous les enregistrements existants. Elle ne sait pas que la voir jouer le quatrième mouvement a été une des plus belles choses de ma vie. Elle ignore tout de mes paumes fiévreuses, de mon pouls qui palpite, des voix cotonneuses. Et d’un coup le silence, la lumière vive, sur scène, la lumière crue, cruelle. Le moment suspendu, dans le noir d’un coup, dans le silence d’un coup. Et rien. Pendant quelques instants, rien. Sauf mon pouls qui palpite. Et puis. Et puis elle entre, sur scène. Tous, autour de moi, tous, ils applaudissent. Je n’entends rien. Je la regarde. Sa robe longue. L’éclat de ses boucles d’oreilles. La lueur de ses incisives. Mon vampire. Son violon. Son chignon. Son air lointain. Mon souffle destitué. La partition qu’elle ouvre. Ses cils quand elle s’assoit. Dans le silence étourdissant. L’octuor de Mendelssohn et elle, premier violon. Huit corps, trente-deux cordes, tout est immobile. Plus rien ne bouge. La vie est figée.

 

Présentation par Astrid Canada du jury de l’association des libraires « Lire à Nancy » :

 

 

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard
Éditeur : Éditions de minuit
Parution : 06/09/2018
Prix : 15€

 

4 3 2 1 de Paul Auster

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Avec ses 1 016 pages sans les notes de fin, le dernier livre de l’écrivain américain Paul Auster est en réalité beaucoup plus facile à lire (tant il transporte le lecteur) qu’à raconter.

Malgré tout, en faisant un petit effort, je me plais à penser qu’il peut se raconter. Enfin devrais-je dire qu’ils peuvent se raconter . « Ils » parce que ce livre est multiple : on y trouve ainsi des livres, des nouvelles, des poèmes, des articles, des traductions, des essais, tout ce qui peut se faire en littérature au XXe siècle dans un seul et même objet. Et quel objet ! 1.180 kgs très exactement après certainement une multitude de cures d’amaigrissement au cours de ces 3 ou 4 années qu’il a fallu à l’auteur pour l’écrire. On peut justement entr’apercevoir dans ce livre la façon dont l’auteur lui-même travaille sur une œuvre, il ne fait aucune doute que celle-ci a dû faire l’objet de nombreuses moutures avant sa publication. Lire la suite