La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

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La maison dans laquelle est une institution hors du temps et hors de l’espace. On ne sait ni quand, ni où se déroule l’histoire. Parfois, on croit deviner une époque si l’on se fie à la présence de certains objets ou si l’on se réfère à des évènements, mais rien de plus précis. Jamais rien dans ce livre ne vient indiquer un temps ou un lieu et c’est ce qui fait d’abord tout son mystère et toute sa force.

Chacun des personnages qui la compose pourrait être un héros de roman à lui tout seul, un héros d’un film de Tim Burton sûrement, une sculpture ou une peinture, un chef d’œuvre.

Ce sont des enfants mais des enfants toujours un peu particuliers, handicapés ou malades ou dérangés mentalement, parfois les trois à la fois. Ils ont été abandonnés là dans la Maison par leurs parents dans l’espoir peut-être de les adapter ou de les réadapter à la société.

Les adultes de la Maison qui sont composés d’éducateurs, de soignants et du directeur sont quasiment inexistants de l’histoire. Seul l’éducateur surnommé Élan est digne d’un peu plus d’intérêt de la part des enfants, et encore, seulement pour certains d’entre eux.

Celui qui entre pour la première fois dans la Maison doit se délester de l’Extérieur, de ses souvenirs d’enfance, des odeurs maternelles surtout, de tout ce qui le relie d’une manière ou d’une autre à sa vie d’avant. Pour cela, il est aussitôt rebaptisé, il se voit attribuer un surnom qui lui collera à la peau pendant des années. On y croise donc pêle-mêle : Fumeur, Sauterelle, l’Aveugle, Tabaqui, Noiraud, Beauté, Rousse, Éléphant, Sphinx, Lord, Pompée, Miette, Le Macédonien, Sirène… Tous plus extravagants les uns que les autres. Une véritable cour des miracles.

La deuxième étape et qui n’est pas une mince affaire est d’arriver à intégrer rapidement un groupe, un clan. C’est même une question de survie car très rapidement, le nouveau qui n’est pas intégré devient l’objet de railleries, d’insultes, de traquenards. Les coups pleuvent aussi. Parmi les groupes connus, on trouve les Faisans, les Oiseaux, les Rats, les Chiens et surtout les Crevards Pestiférés dans lequel on compte uniquement les enfants dont personne ne veut dans les autres groupes. La lie de la Maison en quelque sorte. Les plus touchants incontestablement…

La Maison crée des amitiés inattendues mais profondes, de l’entraide toujours ou presque, de l’amour, des superstitions et une poésie folle. En parallèle pourtant, les conflits entre les groupes sont toujours plus cruels et violents. Mais même dans la violence de la Maison, il y a de la poésie.

De prime abord, on se dit que l’histoire ne fait pas rêver. Et pourtant ! Ce pensionnat mystérieux dans lequel on voit marcher un aveugle au milieu d’un long couloir qui se transforme en forêt, va obséder le lecteur jour et nuit. On rentre dans l’histoire, on rentre dans la Maison, on vit en permanence avec ces êtres venus d’un imaginaire fécond. Quel monde ! Un univers fantasmagorique dans chaque recoin d’une chambre, dans chaque corridor, dans chaque escalier. Un rêve.

C’est une lecture qui émerveille et qui prend à la gorge car elle ressasse les vieilles peurs de l’enfance, celle de l’abandon et de la trahison. Une réminiscence qui ne laissera personne indemne.

Je ne voudrais pas en dire trop car ce livre, il faut le lire pour y croire. C’est éblouissant. À chaque page, on ne cesse de se poser la question : mais qui a écrit une chose pareille ?

Il rentre immédiatement et sans discussion dans le top 3 de mes livres préférés.

 

Quelques citations :

L’arrivée d’un nouveau était toujours un événement. Ils étaient si différents les uns des autres… Il suffisait de les regarder pour voyager. Et puis c’était tout aussi fascinant de les voir changer petit à petit, d’observer comment la Maison les aspirait pour se les approprier.

Quand il n’y avait personne, notre repère paraissait plus petit. Ce qui aurait semblé curieux à n’importe qui s’expliquait parfaitement : chez nous, les habitants n’étaient pas seuls, chacun charriait tout un monde avec lui.

Je regardais mon reflet au fond des yeux. Fixement, sans ciller, jusqu’à ce que les larmes commencent à couler. Parfois, j’arrivais à me détacher totalement de moi-même, parfois non. C’était quitte ou double.

Dans les miroirs, nous sommes toujours moins bien qu’en réalité, tu n’as pas remarqué ?

Quel que soit le rêve, petit, l’important, c’est de se réveiller à temps.

Tabaqui […] s’efforçait de nous persuader qu’au fond, les jambes n’étaient rien d’autre que des appendices superflus. Pour lui, seuls les footballeurs et les mannequins en avaient vraiment besoin ; les autres n’y étaient attachés que par habitude. Et dès que l’humanité aurait enfin choisi de se perfectionner par le truchement d’une motorisation complète des extrémités, cette coutume désuète s’éteindrait d’elle-même.

Oh non, pitié Loup… Tes pensées n’ont pas du tout la même odeur que tes paroles. Et ça s’entend !

 

Présentation de la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture et du livre « La maison dans laquelle » par Dominique Bordes à La Grande Librairie :

La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan
Editeur : Monsieur Toussaint Louverture
Parution : 18/02/2016
Prix : 24.50€

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