4 3 2 1 de Paul Auster

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Avec ses 1 016 pages sans les notes de fin, le dernier livre de l’écrivain américain Paul Auster est en réalité beaucoup plus facile à lire (tant il transporte le lecteur) qu’à raconter.

Malgré tout, en faisant un petit effort, je me plais à penser qu’il peut se raconter. Enfin devrais-je dire qu’ils peuvent se raconter . « Ils » parce que ce livre est multiple : on y trouve ainsi des livres, des nouvelles, des poèmes, des articles, des traductions, des essais, tout ce qui peut se faire en littérature au XXe siècle dans un seul et même objet. Et quel objet ! 1.180 kgs très exactement après certainement une multitude de cures d’amaigrissement au cours de ces 3 ou 4 années qu’il a fallu à l’auteur pour l’écrire. On peut justement entr’apercevoir dans ce livre la façon dont l’auteur lui-même travaille sur une œuvre, il ne fait aucune doute que celle-ci a dû faire l’objet de nombreuses moutures avant sa publication.

Que peut-on en dire sans pour autant le déflorer ? L’histoire commence par une blague, une blague que se plaisent à raconter bon nombre d’enfants et de petits-enfants d’immigrés sur leurs ancêtres. Ici, il s’agit du grand père du héros, Isaac Reznikoff, un juif originaire de Minsk en Biélorussie, qui doit se présenter à l’immigration américaine à Ellis Island. On lui conseille de changer de nom rapidement, Reznikoff étant difficile à retenir, et de choisir pourquoi pas Rockfeller afin de commencer au mieux cette nouvelle vie américaine.

Face au fonctionnaire, Isaac Reznikoff, peut-être pris de panique, oublie complètement le nom qu’on lui a soufflé. Il dit alors en Yiddish : « ikh hob fargessen », ce qui signifie « j’ai oublié ». Et c’est ainsi que fut autorisé Ichabod Ferguson à entrer sur le territoire américain. La légende familiale du premier Ferguson traversa ensuite la moitié du siècle.

Et la suite ? Hé bien après ce préambule, nous avons 4 récits dont le héros est Archibald Ferguson, tantôt appelé Archie tantôt Ferguson. Ce sont 4 trajectoires qui se dessinent en fonction des événements qui ont émaillé leur enfance, des hasards de la vie parfois, des choix plus ou moins réfléchis par eux ou par un des membres de leur famille, des choix qui sont imposés aux jeunes Ferguson bien souvent.

Et si ? Et si ? Et si? Et si ? Avec des si, on obtient 4 possibilités de vies pour un seul et même personnage.

Les 4 sont presque les mêmes au départ : ils naissent et grandissent à la même époque, en gros entre 1947 et 1970 , dans les mêmes lieux ou approximativement les mêmes lieux à savoir New York et la banlieue new yorkaise avec immanquablement des déménagements, des voyages, des mariages, des divorces, des remariages, des décès, des amitiés et des amours qui vont petit à petit façonner à chacun leur personnalité, leur mode de vie, leur choix politique, leur vie amoureuse et sexuelle, leurs études, leur carrière etc.

Dès leur plus jeune âge, ils tombent tous amoureux de la musique, du cinéma, de la littérature et… de la France. Ils ont pour certains une sorte de tuteur en matière culturelle, ce qui va leur permettre d’acquérir très vite des connaissances littéraires notamment et s’avérer déterminant dans leur vie future puisque les Ferguson ont pour loisir, pour nécessité puis pour objectif professionnel, l’écriture et l’écriture sous toutes ses formes. J’ai évoqué un peu plus haut toutes les formes d’écriture auxquelles s’adonnent les 4 Ferguson mais je veux juste ici préciser que j’ai été happée par une nouvelle écrite par le quatrième jeune Ferguson sur une paire de chaussures : Hank et Frank. Le fabuleux destin de Hank et Franck pourrait-on dire ! Une petite histoire dans l’histoire qui enchante, une respiration dans le récit.

Mais on y voit aussi des traductions de poèmes français, l’auteur s’étant déjà illustré en la matière dans le passé. En cela, ce livre en partie autobiographique, chaque petit Archibald Ferguson est à mon avis une petite partie de Paul Auster, cela transparaît, c’en est presque évident.

Le plus intéressant dans ce livre au final, ce sont sûrement les failles de chaque Ferguson. Bien sûr ils sont jeunes, sportifs, plutôt doués à l’école, stables en apparence au sein de leur famille. Mais ils ont tous des blessures qui restent parfois secrètes aux yeux de leur entourage et qui vont les exalter ou les inhiber. En cela, le 3ème Ferguson est de loin mon personnage préféré. Plus le héros dévoile ses fêlures, plus le lecteur s’attache à lui, c’est inévitable !

Ce qui peut rebuter maintenant ? Il est vrai que le premier Ferguson est très impliqué dans les grandes révoltes politiques et sociales des années 60 aux États-Unis, c’est une partie très intéressante et nécessaire mais certains passages traînent en longueur et il est difficile de rester captivé jusqu’au bout du chapitre surtout lorsqu’on le lit depuis la France de 2018. Cela permet de retracer toute cette période de l’histoire américaine qui m’était clairement inconnue ou plutôt méconnue, mais enfin, peut-être que certains passages auraient pu être un peu moins détaillés… Il pointille Paul Auster, il pointille ! Mais c’est aussi ce qui fait tout le charme du livre, c’en est même bluffant, voire fascinant. Comment fait-il ça ? C’était la question que je me posais à chaque fois que je finissais un chapitre.

Quant au reste du livre, les chapitres de 70 pages, les phrases de 25 lignes, les rappels historiques, les innombrables références culturelles et les autres détails du diable, j’ai tout simplement A-DO-RÉ 🙂

Note technique : 9.4/10

Note artistique : 9.5/10

Je vous invite à découvrir le passage de Paul Auster dans La Grande Librairie pour la promotion de 4321.

4 3 2 1 de Paul Auster 
Éditeur :  Actes Sud
Parution : 03/01/2018
Prix : 28€

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